24 février 2013

Si fragile

Posée contre mon cœur, sa main entrouverte bouge à peine au rythme de ma respiration. Ses doigts fins, terminés par de petits ongles perlés, parfois se serrent contre ma peau. Son poignet menu, son petit bras caché sous son pyjama, reposent sur moi et j’en perçois à peine à le poids. Sa respiration régulière m’effleure, son visage est tout prés de moi, quelques mèches légères de ses cheveux chatouillent mon bras. La nuit se referme sur nous.  J’ai passé une de mes mains autour de ses jambes, repliées contre ma paume. Si chaud contre moi, si doux…

Blotti au fond du canapé, sa couverture préférée remontée sur ses jambes avec des gestes maladroits, il observe les images sur l’écran de mon téléphone, son doigt pointé vers les personnages qui dansent. Assise à côté de lui, je le regarde et je me tais, ses yeux brillent et mon cœur se serre, d’amour et de tendresse. Je ne pensais pas qu’aimer pouvait rendre si triste parfois, si vulnérable. Il est là, innocent, oublieux du monde autour, ses pieds remuent sous la couverture et parfois un bout de chaussette en dépasse, il rit alors et le cache à nouveau. Si calme, si paisible…

Emmitouflé dans son duffle-coat minuscule, son bonnet bleu marine enfoncé sur la tête, laissant s’échapper quelques mèches claires, il avance à petits pas rapides dans le chemin. Ses mains sortent à peine des manches trop grandes de la veste, ses chaussures bleues hésitent parfois devant un talus, une flaque. Il s’accroupit de temps en temps, cueille quelques cailloux, ramasse une poignée de sable, déniche un trésor inespéré et me tend un petit brin d’herbes. Je prends sa main dans la mienne, je vérifie qu’il n’a pas froid, je l’entraine un peu plus loin, je lui promets de nouveaux trésors et il me suit. SI curieux, si confiant…

Dans sa chaude combinaison de ski, il marche dans la neige qui s’enfonce à peine sous ses pas. Ses petites bottes sont immergées sous les dix petits centimètres tombés depuis hier. Il laisse derrière lui une trace légère et hésitante, tantôt tournant vers un petit mur recouvert de neige, tantôt revenant de l’autre côté du chemin, vers les branches enchevêtrées. Ses gants sans doigt attrapent avec maladresse des poignées de flocons et il les jette vers le ciel. Il veut aller trop vite et tombe à la renverse, remue ses pieds et laisse une toute petite empreinte au sol. Si léger, si tranquille…

Occupé avec un livre et quelques voitures dans la maison, il va et vient, parfois il s’arrête et vient m’apporter un bonhomme qui ne peut pas rentrer dans sa voiture, parfois il se retourne vers moi et me montre en se plaignant un livre inaccessible. Je suis là, tout prés, un livre entre les mains moi aussi, installée sur le canapé, je lui parle, un peu distraite. Alors il pose ses jeux et marche jusqu’à moi, il grimpe sur les coussins et s’assoit sur mes genoux, il ouvre mon gilet et soulève mon tee-shirt. Tout doucement, sans bruit, sa tête posée contre ma peau, il vient chercher quelques gorgées d’amour. Si tendre, si doux…

Mon si merveilleux trésor…  Pour parler de lui je sens bien que mes mots sont ceux de n’importe qui. Je sens bien qu’entre mes lignes rien d’original ne permettrait ne le reconnaître, lui plus qu’un autre. Pourtant ce sont bien ces gestes-là, ces regards-là qui le font si unique à mes yeux… Ces gestes-là qui le font si précieux, et me font si tremblante… Parfois je regarde le ciel et je le sonde, moi qui doute tant de lui… N’est-ce pas un trop merveilleux cadeau qu’il m’a envoyé là ? Va-t-il bien nous laisser, devant nous, ce long chemin d’amour qu’il semble nous promettre ? Et je me sens alors si fragile, si fragile…

Posté par Flo-Bleu à 22:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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